Compte courant créditeur en 2026 : quand est-il avantageux, quand devient-il un risque
Mis à jour le 26 mai 2026 par la rédaction de by Watson.
Avez-vous déjà, en tant que dirigeant d’entreprise, payé avec votre carte bancaire privée un abonnement logiciel, un ordinateur portable ou un billet de train pour une visite client ? Dans ce cas, votre société a probablement un compte courant créditeur ouvert à votre nom. Petit montant ou solde conséquent, la logique fiscale reste la même. Le taux a changé en 2026, mais ni la logique ni la méthode : le taux maximal légal a été ramené à 6 %, bien en dessous des taux de 2024 ou 2025.
En bref
- Un compte courant créditeur est créé lorsque vous, en tant que dirigeant d’entreprise, avez avancé de l’argent à votre société.
- Pour 2026, le maximum légal s’établit à 6 % d’intérêts pouvant être portés en compte sur un compte courant créditeur, soit une baisse de 1,08 point de pourcentage par rapport à 2025.
- Sur les intérêts, vous payez 30 % de précompte mobilier. C’est souvent plus avantageux qu’une augmentation salariale, où les cotisations sociales et l’impôt des personnes physiques dépassent, ensemble, facilement les 50 %.
- Trois pièges : le solde ne peut pas être supérieur au capital libéré augmenté des réserves taxées, le taux ne peut pas dépasser le plafond, et la société doit pouvoir effectivement payer les intérêts.
- En cas de faillite, un compte courant créditeur est une dette subordonnée. Vous passez après les banques, le fisc et les fournisseurs.
Qu’est-ce qu’un compte courant exactement ?
Un compte courant est un compte qui retrace les mouvements financiers entre un dirigeant d’entreprise (ou actionnaire) et sa société. D’un point de vue comptable, il s’agit d’un compte de transit qui reprend tous les flux financiers réciproques : ce que le dirigeant reçoit de la société, et ce qu’il avance à la société.
Il en existe deux types.
Compte courant débiteur. Vous avez emprunté de l’argent à votre société. Fiscalement, cela est considéré comme un avantage en nature potentiel : si vous ne payez pas un taux conforme au marché sur ce montant, le fisc l’imputera comme un avantage supplémentaire taxable. Mieux vaut éviter.
Compte courant créditeur. Vous avez avancé de l’argent à votre société, par exemple en payant des frais de société avec votre argent privé. La situation est inversée : vous avez une créance sur votre société, qui peut vous verser des intérêts en contrepartie. C’est le scénario auquel cet article est consacré.
Comment fonctionne un compte courant créditeur en pratique ?
Imaginons : vous avez, en tant que dirigeant d’entreprise, payé sur l’année € 30.000 de frais de société sur vos deniers privés. Logiciels, nouvel ordinateur portable, formation, voyage à l’étranger chez un client. La société doit, sur le papier, vous rembourser ces montants, mais ne le fait pas en pratique. Vous laissez l’argent sur le compte courant.
La société peut alors vous verser des intérêts sur ce solde. Ces intérêts :
- Constituent une charge déductible pour la société.
- Représentent pour vous un revenu mobilier, taxé à 30 % de précompte mobilier (prélèvement libératoire et définitif).
L’avantage par rapport à une augmentation salariale classique : sur un salaire, on paie des cotisations sociales et l’impôt des personnes physiques, qui dépassent facilement, ensemble, les 50 %. Sur les intérêts de votre compte courant, vous payez 30 %, point.
« Un compte courant créditeur n’est pas une astuce fiscale. C’est simplementsimplement la bonne voie pour des revenus que vous avez déjà de toute façon. »
Quel est le taux maximal pour 2026 ?
L’Administration publie chaque année un plafond légal pour les intérêts que vous pouvez porter en compte sur un compte courant créditeur sans mettre la société en difficulté fiscale.
Pour l’année civile 2026, ce maximum s’élève à 6 %. Soit une baisse de 1,08 point de pourcentage par rapport à 2025. La raison : les taux du marché ont globalement diminué en 2025.
L’historique du maximum légal :
- 2023 : 5,70 %
- 2024 : 8,02 %
- 2025 : 7,08 %
- 2026 : 6,00 %
La méthode de calcul du plafond : le taux IFM pour les prêts jusqu’à € 1.000.000 à taux variable (mesuré en novembre de l’année précédente), majoré de 2,5 points de pourcentage.
Quel est l’avantage concret en euros ?
Voici un exemple chiffré pour un dirigeant d’entreprise type d’une PME (petite et moyenne entreprise) avec un compte courant créditeur de € 50.000.
- Solde du compte courant créditeur : € 50.000
- Taux d’intérêt (plafond conforme au marché 2026) : 6 %
- Intérêts bruts par an : € 3.000
- Précompte mobilier (30 %) : € 900
- Ce qu’il vous reste net : € 2.100
Comparez maintenant avec une augmentation salariale de € 3.000 bruts. Ce salaire est soumis à des cotisations sociales (environ 22 % patronales et 13 % travailleur) et ainsi qu’à l’impôt des personnes physiques. Selon votre tranche, il vous reste généralement entre € 800 et € 1.300 nets, avec un coût total bien plus élevé pour la société.
Sur un solde de € 50.000, cela fait rapidement € 700 à € 1.200 par an de différence en revenu net. Pas une astuce fiscale, juste une application correcte du cadre légal à des revenus que vous avez déjà constitués.
Quels sont les plafonds et les risques ?
Trois pièges à connaître.
Piège 1 : le solde ne peut pas être trop élevé. Les intérêts ne sont fiscalement déductibles dans le chef de la société que dans la mesure où le solde du compte courant ne dépasse pas : le capital libéré à la fin de l’exercice augmenté des réserves taxées au début de l’exercice.
Celui qui dépasse ce plafond risque la requalification en dividende des intérêts « excédentaires ». Fiscalement, c’est nettement plus lourd : non déductibles dans la société, et bel et bien taxés comme dividende dans le chef du bénéficiaire.
Piège 2 : le taux d’intérêt ne peut pas dépasser le taux conforme au marché. Si vous appliquez un taux supérieur à 6 % (pour 2026), la société risque que l’excédent soit requalifié en rémunération déguisée ou en dividende. Cela entraîne des amendes fiscales.
Piège 3 : la société doit pouvoir effectivement payer les intérêts. Si votre société est en difficulté financière, vous courez un risque supplémentaire. Votre compte courant est une dette subordonnée : en cas de faillite, vous êtes généralement l’un des derniers créanciers, après les banques, le fisc et les fournisseurs. Laisser de l’argent sur un compte courant est donc aussi un risque-crédit personnel.
Quand un compte courant créditeur a-t-il vraiment du sens ?
Trois scénarios où un compte courant créditeur est structurellement avantageux.
Scénario 1 : vous avez avancé des frais légitimes. L’exemple classique. Vous avez utilisé vos moyens personnels pour des frais de société. La loi reconnaît cette créance, et vous pouvez générer des intérêts sur celle-ci. Pas de montage, juste un remboursement à un taux conforme au marché.
Scénario 2 : vous voulez ajouter du capital sans modification statutaire. Une augmentation de capital nécessite un acte notarié, une inscription au tribunal de l’entreprise et une publication au Moniteur belge. Coût : rapidement € 1.500 à € 3.000. Un compte courant créditeur, non. Si vous voulez donner à votre société un fonds de roulement supplémentaire, cela peut se faire via un versement sur compte courant, sans formalités. Fiscalement et juridiquement possible, à condition de respecter les plafonds évoqués ci-dessus.
Scénario 3 : vous constituez des revenus d’intérêts plutôt qu’une augmentation salariale. Si la société se trouve fiscalement dans des tranches plus élevées et que vous êtes vous-même dans une tranche plus élevée, les intérêts sur un compte courant peuvent générer un revenu net par euro versé supérieur à celui d’un salaire complémentaire. Il faut toutefois réévaluer cela chaque année, car les tranches d’imposition et les taux du marché évoluent.
Quand vaut-il mieux ne pas le faire ?
Trois drapeaux rouges qui indiquent qu’un compte courant créditeur est fiscalement ou stratégiquement déconseillé.
Drapeau rouge 1 : la société est déjà proche ou au-delà du plafond. Si le solde du compte courant approche déjà le « capital libéré plus réserves taxées », chaque euro avancé supplémentaire augmente le risque de requalification en dividende taxé.
Drapeau rouge 2 : la société rencontre des problèmes de trésorerie. Bloquer de l’argent sur un compte courant dans une société qui devra peut-être déposer le bilan dans deux ans, vous le ressentez personnellement en tant que dirigeant d’entreprise. Vous ne placeriez pas votre argent privé dans une entreprise fragile, fût-ce la vôtre.
Drapeau rouge 3 : vous envisagez de quitter la société à terme. En cas de vente ou de cession de vos actions, la récupération d’un solde de compte courant n’est pas automatique. Cela doit être réglé contractuellement dans la cession des actions, et peut être fiscalement complexe. Faites toujours examiner ce point par un juriste et un fiscaliste avant de laisser structurellement de gros montants sur un compte courant.
Que fait by Watson ?
Nous accompagnons concrètement les dirigeants d’entreprise pour :
- Déterminer chaque année le taux d’intérêt optimal du compte courant, dans la limite du maximum légal.
- Calculer l’impact fiscal d’une rémunération via compte courant par rapport à une augmentation salariale ou à un dividende, dans votre situation spécifique.
- Suivre les plafonds (capital libéré plus réserves taxées) pour qu’aucun euro d’intérêt ne soit requalifié en dividende.
- Mettre en place une comptabilité correcte du compte courant lors de la création de nouvelles sociétés.
- Accompagner juridiquement et fiscalement les arrangements de compte courant lors des cessions de société.
Questions fréquentes
Quel est le taux d’intérêt maximal en 2026 ?
6 %. Il s’agit du maximum légal conforme au marché pour l’année civile 2026.
Dois-je me verser des intérêts chaque année ?
Ce n’est pas obligatoire. Vous pouvez aussi ne porter aucun intérêt en compte ; la société bénéficie alors d’un prêt sans intérêt de votre part. Mais dans ce cas, vous laissez passer un avantage fiscal.
Puis-je verser et retirer des montants sur le compte courant à ma guise ?
En principe oui, mais chaque mouvement doit être enregistré comptablement de manière correcte. Des versements et retraits importants trop fréquents peuvent susciter des questions lors d’un contrôle fiscal.
Que devient mon solde de compte courant en cas de faillite ?
Vous êtes alors un créancier ordinaire, subordonné au fisc et à certains autres créanciers privilégiés. En pratique, cela signifie souvent : peu ou pas de récupération. C’est la raison pour laquelle un compte courant dans une entreprise en difficulté représente un risque.
Dois-je rédiger une convention de prêt écrite ?
Non, ce n’est pas légalement obligatoire, mais c’est fortement recommandé, surtout pour les montants importants. Une convention simple précisant le principe (créance à court terme sur la société), le taux d’intérêt et les modalités de remboursement peut aider en cas de questions fiscales.
Les avances en nature comptent-elles aussi ?
Non. Seules les avances financières (en argent) entrent en ligne de compte. Les avances en nature, par exemple l’usage de matériel privé, relèvent d’un autre régime fiscal.
Votre compte courant créditeur est-il fiscalement optimisé ?
Chez by Watson, nous effectuons pour les dirigeants d’entreprise un check annuel du compte courant : taux d’intérêt optimal, contrôle des plafonds, comparaison avec une augmentation salariale ou un dividende. Cela fait partie de notre suivi standard.
Pour toute question ou pour une nouvelle société : prenez rendez-vous via bywatson.be/contact.